La bibliotèque de l’UL de Saintes

, par udfo17

Au moment où se multiplient les attaques contre l’outil de défense des salariés et de transformation de la société que représentent les syndicats, et alors que l’existence des Bourses du travail est ringardisée et mise en cause — à commencer par celle de Saintes —, l’Union locale FO de Saintes a décidé il y a deux ans de se doter d’une bibliothèque syndicale.

Cette idée s’inscrit dans la formation des salariés par eux-mêmes. C’est la même idée qui a structuré le syndicalisme français, et qui a par exemple ouvert aux formations syndicales — que les Unions départementales et les fédérations organisent aujourd’hui —. Ces formations syndicales varient leurs pratiques en fonction de leur objet (travaux en groupes de salariés d’origines diverses, écriture de textes syndicaux, mises en situation orales, etc) en vue du développement du syndicat, et plus largement de l’émancipation des salariés par leur prise en main de l’outil syndical. De même la constitution d’une bibliothèque syndicale participe de cette recherche syndicale de développer une information des syndiqués et des salariés, indépendante des grands circuits de presse et de diffusion. La formation syndicale peut donc s’opérer pendant le temps de travail, comme en dehors avec une revue ou un livre empruntés pour quinze jours ou six mois. Et cette formation peut commencer par l’information sur l’activité des syndicats FO du secteur de Saintes, présente dans la bibliothèque de l’UL de Saintes.

Car le premier fonds d’une bibliothèque syndicale demeure celui par formulé les travailleurs et les syndiqués eux-mêmes, et par l’activité de l’Union locale (comptes rendus divers, tracts, traces de prises de position et d’engagements, etc), que l’archiviste et le bureau de l’UL FO rassemblent au fil du temps. Il est également constitué par les dons divers, pour peu qu’ils demeurent en lien avec l’activité syndicale, et l’éducation des salariés par eux-mêmes (publications, livres, …). S’y retrouvent aussi les publications de la confédération, des fédérations ou des syndicats, dans lesquels les membres de l’UL FO peuvent puiser pour alimenter les prises de contact, la syndicalisation et la diffusion de documents lors de campagnes. Enfin l’Union locale FO peut elle-même alimenter ce fonds par des achats, notamment auprès de maisons d’édition indépendantes, qui partagent cette recherche d’une information indépendante des circuits dominants et idéologiquement marqués (le temps des cerises, la baleine, Libertalia, etc).

Au bout de deux ans l’UL FO de Saintes entame un premier bilan sur la fréquentation de cette bibliothèque. Le fonds s’est progressivement enrichi, d’abord à partir de textes généraux, particulièrement du XIXème siècle, notamment vulgarisés par l’image et la bande dessinée (Nietzsche, Marx, Freud, Bakounine, etc), ainsi qu’avec des documents sur l’histoire du syndicalisme depuis trois siècles, mais aussi sur l’influence de ces réflexions dans des publications destinées à la jeunesse (Astérix, les Schtroumpfs, etc). Car la bibliothèque reste accessible à des enfants, lorsque leurs parents s’y rendent par exemple lors d’une permanence : l’image participe de l’information. Feuilleter un recueil de dessins de « Charlie Hebdo » ou de Cabu, ou un début de polar en attendant le début d’une réunion syndicale s’inscrit aussi dans la fréquentation de la bibliothèque.

Une critique à l’égard de la constitution d’une telle bibliothèque pourrait être celle de l’apport de documents inadaptés aux syndiqués, fait par des intellectuels qui reproduiraient, consciemment ou non, des mécanismes culturels bourgeois, dans leur souci d’ « aller au peuple ». Si cette culture est celle des syndiqués eux-mêmes, cette critique est inopérante. Au contraire, la résistance à l’oppression des esprits, à la propagande, peut enrichir les échanges syndicaux, apporter à l’action syndicale, par exemple lors de formations. Cette bibliothèque demeure le reflet des préoccupations et des questionnements des syndiqués FO du secteur de Saintes : à chacun d’eux d’apporter ses souhaits d’enrichissement du fonds, et des idées quant à son utilisation. Le bureau de l’UL FO ouvre ainsi aujourd’hui des pistes vers la poésie engagée de toutes origines (espagnole, arabe, syrienne, …), vers la musique et les chants révolutionnaires, vers les films, à commencer par les films réalisés par les salariés et les ouvriers eux-mêmes (comme ceux des groupes Medvedkine acquis récemment par l’UL de Saintes, ou réalisés à partir des livres de l’ouvrier Jean-Pierre Levaray, qui a formulé également des récits à destination de la jeunesse).

Cette bibliothèque est donc un pari, et les syndicats, les syndiqués, l’UL FO de Saintes, l’UD FO17 peuvent aussi s’emparer de cet embryon de résistance à la propagande contemporaine, pour participer aux échanges et à la création de liens qui définissent l’objet syndical.